Le rapport Lambert

C. Les modes de traitement des déchets plastiques

La captation est le seul intermédiaire entre la fin de vie d’un objet et sa prise en charge par une filière de traitement des déchets. Cette collecte s’organise de trois manières différentes, selon l’origine et le type de plastique considéré :

  • Le service public, tout d’abord, organise la gestion des déchets ménagers et assimilés.

  • Les entreprises, ensuite, sont responsables de l’acheminement de leurs déchets vers des centres de traitement.

  • Les filières de responsabilité élargie du producteur (REP), finalement, sont l’application du principe pollueur-payeur et contribuent à la gestion des déchets via la création d’éco organismes.

 

Cette répartition des responsabilités devrait permettre une parfaite identification et gestion des gisements de déchets plastiques. Pourtant, un rapport réalisé par le cabinet Deloitte met en avant les « difficultés rencontrées quant à leur identification dans les différents gisements de produits usagés et plus encore, quant à leur devenir en aval ».

 

Une fois les déchets de plastique captés, et selon leur mode de captation, il existe ensuite trois modes de gestion de leur fin de vie :

  • la valorisation énergétique

  • la mise en décharge

  • le recyclage

 

La directive 2008/98/ce du parlement européen et du conseil en date du 18 novembre 2008 a instauré une hiérarchie des modes de traitement de déchet au niveau européen. Prioritairement la prévention, la réutilisation, le recyclage, la valorisation énergétique et en dernier recours la mise en décharge. Si l’on compare au niveau européen, la moyenne du recyclage du plastique est de 31%. Mais ces comparaisons doivent être réalisées avec précaution, car elles ne prennent pas en compte les taux de captation, qui restent la grande inconnue et le grand problème des politiques de gestion des déchets plastique.

Du point de vue environnemental (émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation d’énergie…), le recyclage mécanique est le moins polluant.

Deux hypothèses clés font varier les résultats : la présence de matière organique sur les déchets et le pourcentage de matière recyclée incorporée dans le nouveau produit.

1. Le recyclage du plastique
 

L’approvisionnement durable dans la production des plastiques s’effectue de deux façons: la résine recyclée (MPR) et la résine biosourcée.

Malheureusement, comme nous l’avons souligné précédemment, la production de plastique en France est encore très largement pétrosourcée et le bioplastique ne représente qu’environ 1% de la production française (voir schéma ci-dessous).  

Le recyclage quant à lui stagne depuis des années comme le montre le schéma ci-après (depuis 2000, les quantités de matière première recyclée incorporées à la production sont restées stables autour de 0,3 Mt par an en France).

Chaque année, trois millions de tonnes de déchets plastiques sont traités mais en 2016, seulement 22% de cette matière inerte a été traitée en vue d’être recyclée. Lorsque l’on parle de traitement des déchets cela ne signifie pas que la matière sera intégralement réutilisée dans la production. C’est la nuance qui existe entre recyclage et incorporation.

 

Pourquoi une telle limite au recyclage ? Trois raisons principales ne permettent pas la mise en place d’un modèle parfaitement circulaire :

  • Limite technologique : les plastiques sont des matériaux complexes, qui ne sont pour l’immense majorité pas éco-conçus en vue d’être recyclés. La superposition de plusieurs couches de polymères entraine par exemple l’impossibilité d’isoler les différentes résines du déchet, et donc de revaloriser par recyclage mécanique la matière. Le recyclage mécanique en boucle infini est rendu impossible par la dégradation des polymères au cours des opérations de revalorisation. Cette baisse de qualité de la résine entraîne à son tour des pertes de fonctionnalités. En conséquence, il est pour le moment impossible de produire des plastiques 100% constitués de matière première recyclée. Seul le recyclage chimique, par lequel est opéré un retour aux molécules de base, permettrait de traiter l’ensemble des déchets de plastique. Mais la viabilité économique de ce mode de traitement n’est pas encore envisageable à échelle industrielle.

  • Le défi chimique et règlementaire vient ensuite rallonger la difficile équation. La complexification des normes (comme l’interdiction d’additifs) empêche la réincorporation de certains polymères dans les circuits de production du plastique. De même, les polymères alimentaires ne peuvent risquer d’avoir été contaminés par des composés chimiques externes.

  • Les quantités produites croissent chaque année, nécessitant d’avoir accès à une quantité toujours plus importante de matière première vierge chaque année. Le cas de l’industrie du BTP constitue un bon exemple : alors qu’en 2015, 65 Mt de plastiques étaient produites pour cette industrie dans le monde, celle-ci ne générait que 12 Mt de déchets ! Plus la durée de vie d’un produit est longue, plus la croissance d’une industrie empêche la mise en œuvre d’une boucle circulaire de matière.

 

2. Le plastique biosourcé

Depuis une quinzaine d’année, de nouveaux procédés sont développés pour produire des polymères à partir de matière organique renouvelable à partir de ressources naturelles : les plastiques biosourcés. Contrairement à la matière première d’origine fossile utilisée dans la production conventionnelle de plastique, la fabrication de plastique biosourcé s’insère dans les cycles naturels du carbone.

Tout le carbone enlevé à la terre pour produire le polymère est ainsi censé y retourner en fin de vie (principalement via le compostage des plastiques), permettant de répondre également à l’enjeu climatique : c’est le « 4 pour 1000 » qui vise à accroître la teneur en matière organique des sols et la séquestration de carbone. 
 

Les performances de cette nouvelle industrie ont été extrêmement bonnes dans le monde ces dernières années, enregistrant une croissance de 84% entre 2010 et 2013 selon les chiffres du club bioplastique. En France le secteur se développe, avec une capacité de production de 0,063 Mt en 2013, soit environ 1% de part de marché.

Les plastiques biosourcés sont principalement conçus dans le but d’être compostés en fin de vie (au niveau industriel ou domestique) et s’avèrent ainsi tout particulièrement adaptés à la substitution des plastiques à usage unique (utilisés pour produire des emballages, des sacs, des produits d’hygiène et également dans le secteur automobile et agricole). Malgré une expansion à première vue fulgurante de cette nouvelle industrie, la filière peine à prendre un réel envol et à s’imposer comme une alternative d’approvisionnement crédible pour les fabricants traditionnels.


Sont tout d’abord en cause les coûts de production, 2 à 6 fois supérieurs à ceux de granulés pétrosourcés, qui s’expliquent par l’optimisation toujours en cours d’une jeune industrie.

Mais la question essentielle qu’il convient de se poser est celle de leur biodégradabilité. Les analyses de cycle de vie (ACV) n’offrent pas toutes les mêmes résultats, et cela est dû à trois facteurs principaux :

  • Le premier est celui de la définition du terme biosourcé. Comme le rappelle en effet l’ADEME: « selon les cas, la part de matière renouvelable dans un plastique biosourcé peut représenter une proportion très variable du matériau, aucun seuil minimum n’étant spécifié aujourd’hui pour l’utilisation des dénominations ». En conséquence, la part de pétrosourcé va faire grandement varier les résultats de l’ACV.

  • Les conditions d’obtention de la matière végétale est le second facteur. La gestion de la ressource se doit en effet d’être durable : locale, sans concurrence avec la production alimentaire, sans pratique agricole extensive, et sans consommation d’intrants. Des recherches portent ainsi sur le développement de filières d’approvisionnement n’entrant pas en concurrence avec les cultures vivrières.

  • La fin de vie est le troisième facteur faisant varier les résultats des analyses de cycle de vie. Une ambiguïté existe quant à la biodégradabilité des « bioplastiques ». Majoritairement biocompostables industriellement, les biosourcés nécessitent des conditions bien particulières, telles une fermentation à température moyenne pendant plusieurs semaines pour obtenir du compost à partir de ces plastiques. Or, il n’existe à l’heure actuelle aucune filière de traitement des déchets dédiée à ces nouveaux matériaux.
    Le résultat est donc doublement mitigé:  Soit les bioplastiques finissent incinérés ou en décharge, auquel cas il n’y a aucun retour du carbone à la terre. Soit ils sont confondus avec des plastiques conventionnels, sont triés pour recyclage, et constituent finalement des perturbateurs de tri.

 

En résumé, voici les quatre enjeux principaux à traiter en urgence par les pouvoirs publics:

  1. La substitution de certains matériaux par le plastique a entraîné une accélération des consommations et un raccourcissement des durées d’usage, alors même que la quantité croissante de déchets à gérer n’a pas entraîné le développement de filière de collecte et de revalorisation suffisante
     

  2. Le manque d’infrastructure de captation et de traitement entraîne la contamination des écosystèmes par des déchets sauvages de microplastiques et macroplastiques nuisibles à la biodiversité et la santé humaine.
     

  3. La fin de vie des produits en plastique n’est pas suffisamment prise en compte par les metteurs sur le marché, ce qui entraîne une impossibilité technologique de recyclage pour la majorité des déchets plastiques.
     

  4. La résine utilisée pour la production des polymères est synthétisée à partir de matière fossile. L’approvisionnement en matière première non durable est donc un défi de moyen terme pour la pérennité de la filière.
    Les représentants de la filière plastique souhaiteraient que leur modèle de développement perdure, mais force est de constater qu’il va devoir évoluer pour être à la hauteur des enjeux environnementaux qu’il a provoqué. Les industriels, les importateurs et les distributeurs ont une responsabilité morale : ils doivent agir au même niveau que leur responsabilité importante dans ces pollutions leur incombe. 
    L’ « Alliance mondiale pour en finir avec les déchets plastiques » est un premier pas en ce sens, mais il manque d’ambition en ne se focalisant que sur les fuites de déchets sans réinterroger la place du plastique dans nos sociétés. Le Pacte National sur les Emballages Plastiques signé le 21 février 2019 qui réunit l’ensemble des acteurs volontaires de la chaine de valeur du plastique (producteurs, convertisseurs, marques nationales, distributeurs, opérateurs de la gestion des déchets, la société civile et le Gouvernement) reste fondé sur une base de volontariat sur un seul secteur (les emballages alimentaires) et ne requestionne pas sur la place du plastique dans notre société, ni ne dessine une politique publique spécifique et volontaire pour un projet de société répondant à l’ensemble des défis de la pollution plastique.

 

Les nouveaux modes de consommation génèrent une quantité croissante de déchets non recyclés ou réutilisés. Eu égard à l’impact environnemental et sociétal que représente dès lors chaque plastique, il semble aujourd’hui indispensable de changer de paradigme.

Il s’agit de remettre le plastique à sa juste place, en le substituant par d’autres matériaux là où c’est judicieux, en changeant les besoins pour ne plus faire appel au plastique, en captant et valorisant le plastique (réemploi, recyclage mécanique et chimique, valorisation énergétique).